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Route du Rhum 2018

Voici, jour par jour, la folle épopée de François Gabart à bord du trimaran MACIF, qui n’a jamais rien lâché jusqu’à son arrivée à Pointe-à-Pitre en en 7 jours 14 heures 28 minutes et 55 secondes de course.

Champagne pour la 2ème place ! - Alexis Courcoux / Macif

 

ROUTE DU RHUM – DESTINATION GUADELOUPE 2018

 

 

Samedi 3 novembre, 9 heures

 

C’est le dernier briefing météo et sécurité pour les 123 engagés de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Jacques Caraës, le directeur de course, leur livre les conditions des premières heures de course dantesques et invite ceux qui s’estiment en danger dans le golfe de Gascogne à se mettre à l’abri le temps qu’il faudra.

 

Dimanche 4 novembre, 14 heures

 

Difficile de rêver plus beau et meilleur départ pour le trimaran MACIF et pour les cinq autres trimarans de la catégorie Ultime. Temps sec, une petite vingtaine de nœuds de vent d’est – sud-est qui mettent du vent dans les voiles et ménagent la mer. Il faut 17 minutes à François Gabart et ses adversaires pour parer le cap Fréhel, et 4h30 pour rallier Ouessant. Les Ultimes volent, les images sont prodigieuses. Banque Populaire a fait un stop à Roscoff pour une rapide réparation, Edmond-de-Rothschild finit par se glisser devant le trimaran MACIF dans les premiers bords de l’Atlantique où, déjà, la première dépression a semé la pagaille sur l’eau. Dans la nuit, François Gabart se heurte à son premier souci technique, qui l’empêche d’utiliser son J3, petite voile d’avant pour gros temps, ce qui le pousse sur une route très sud. »

05/11 : Le trimaran MACIF file à 27 noeuds sur l'Atlantique à l'aube du deuxième jour de course. - François Gabart

 

Lundi 5 novembre, 5h30

 

Sébastien Josse annonce à son team que l’étrave de son flotteur tribord a été arraché sur 8 mètres, et qu’il se déroute pour se préparer à abandonner. A 8 heures, François Gabart a repris la tête, un peu déstabilisé : le match s’annonçait fantastique. A 10h15, Thomas Coville annonce une avarie sur le bras avant bâbord de son robuste Sodebo Ultim, et son intention de rallier La Corogne pour réparer. François mène la flotte devant Francis Joyon sur la route sud, tandis qu’Armel Le Cléac’h est parti dans le nord tenter de gommer son retard, et pourquoi pas plus…

Mardi 6 novembre, 12 heures

 

Le foil tribord du trimaran MACIF a disparu au cours de la nuit. Heureusement, en se désolidarisant, le foil n’a pas abîmé le flotteur ni le safran tribord. Au petit matin, le safran bâbord casse à hauteur. A bâbord, il lui reste un foil et, à tribord, il lui reste un safran… Sur une route nord, Armel Le Cléac’h a chaviré. Souffrant des côtes mais sain et sauf, le skipper de Banque-Populaire est récupéré rapidement par un bateau de pêche.

 

 

06/11 : François Gabart toujours leader de la flotte après les deux premiers jours de course. - François Gabart

Mercredi 7 novembre

 

Après trois jours d’une course qui, rétrospectivement, était totalement folle, François Gabart est aux abords de Madère, en tête avec 80 milles d’avance sur Francis Joyon qui a passé quasiment 48 heures accroché à la barre. Devant se présentent les premiers souffles des alizés, mais il faut d’abord négocier proprement la barrière anticyclonique. Derrière, la grosse dépression a poussé plus d’un tiers de la flotte de la Route du Rhum à trouver refuge en attendant des jours meilleurs…

Les premières images du trimaran MACIF en approche de Pointe-à-Pitre. - Alexis Courcoux / Macif

Jeudi 8 novembre

 

Où l’on apprend que François Gabart a passé de longues heures à réparer des lattes de grand-voile qui ont souffert dans la baston des premiers jours. Loin derrière, n’hésitant pas à se mettre à la cape quand le temps se fait trop gros, afin de protéger son Use-it-Again Remade, le mythique trimaran d’Ellen MacArthur, Romain Pilliard a repris la course après une session de réparation à La Corogne.

Vendredi 9 novembre.

 

La route vers la Guadeloupe s’écrit en morse : un long bord, un grain, un grain, un long bord. Guidé par Jean-Yves Bernot, son routeur à terre, François avance dans les alizés à bonne allure, mais sans excès. Il reste déjà moins de 1500 milles à parcourir, Francis Joyon est à 140 milles sur la même trajectoire, sensiblement. Comme de tradition, il a fallu dessiner une jolie aile de mouette dans les alizés pour aller chercher le bon angle au vent, et retrouver la vitesse. La veille au soir, IDEC Sport a empanné pour remettre du nord dans sa route. Trois heures après, François en fait autant, façon de rester dans la route de son unique adversaire, qui concède 145 milles de retard.

Samedi 10 novembre

 

A l’aube, et à 124 milles de distance l’un de l’autre, Francis et François empannent dans le même élan pour se retrouver les étraves pointées droit sur la Tête à l’Anglais. A 17 heures, heure métropolitaine, 115 milles les séparent alors qu’il reste moins de 600 milles à courir jusqu’à la pointe septentrionale de Basse-Terre, l’aile occidentale de « l’île papillon ». Dont il faudra contourner les côtes et les pièges pour se présenter sur la ligne d’arrivée le lendemain…

Les derniers rayons du soleil accompagnent le trimaran MACIF vers Pointe-à-Pitre - Yvan Zedda / MacifL'émotion de François Gabart à l'arrivée au ponton. - Alexis Courcoux / Macif

Dimanche 11 novembre

 

Manifeste depuis une vingtaine d’heures, le différentiel de vitesse entre un trimaran MACIF souffrant et un IDEC Sport en bon état est criant. Par phases, il y a 5 nœuds d’écart sur des allures similaires et, dimanche midi, 15 milles séparent les deux bateaux. François Gabart a l’avantage de l’angle, Francis Joyon ayant 18 milles de décalage de latitude à gommer. Juste avant 14 heures, le trimaran MACIF efface la Tête à l’Anglais avec 21 milles d’avance. Devant lui, le dévent de la côte occidentale de Basse-Terre, redoutable.
A la marque de Basse Terre, avec 17 minutes d’avance, on pense que MACIF a alors course gagnée. Il reste encore 30 milles à faire dans des vents évanescents. 30 milles de suspense total et de rebondissements. Entre le Sud de l’île et la ligne d’arrivée, Francis Joyon, décalé à terre, parvient à prendre l’ascendant dans une risée. Bien que ralenti par un filet de pêche pris dans un de ses safrans, le skipper d’IDEC Sport conserve l’avantage. A deux milles de la ligne, le vent tombe à nouveau. MACIF, légèrement plus rapide, revient au contact et les deux adversaires se retrouvent bientôt bord à bord, à 3 nœuds de vitesse. Il faut encore caler un virement de bord très délicat. Francis ne tremble pas dans la manœuvre et parvient à s’imposer ce dimanche 11 novembre à 23 h 21 mn 47 secondes (heure locale) avec seulement 7 minutes 08 secondes d’avance sur le trimaran MACIF.