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La vitesse de libération

En à peine trois jours, François Gabart a littéralement avalé l’Argentine pour se retrouver au large des côtes brésiliennes grâce à une belle dépression qui l’a propulsé du cap Horn aux Trentièmes Sud. Une phase certes véloce mais particulièrement rude pour le bateau et le solitaire qui ont encaissé parfois plus de 45 nœuds sur une mer courte et tonique. Ce mercredi annonce une petite pause consacrée à la réparation de moult détails plombant…

 

Point course en bref : 

  • Changement météorologique au large du Brésil : une dépression s’en va, un anticyclone arrive…
  • Les vitesses décroissent mais l’avance augmente : 1 700 milles au compteur par rapport au parcours de référence !
  • François Gabart, malgré l’accumulation de fatigue, doit bricoler son enrouleur de foc toute cette journée.

 

Le dur est derrière, le difficile est présent, le délicat est devant : en alignant depuis une semaine des journées à plus de 700 milles, François Gabart a certes plus que doublé sa marge de manœuvre par rapport au temps de référence de Thomas Coville, mais le trimaran MACIF a aussi été plus qu’ébroué au point que certaines pièces d’accastillage sont étamées d’embruns, d’écumes et d’impacts. À l’image de cette galette de J2 affaiblie qui ne lui a pas permis de rouler son génois de brise ces derniers jours malgré le souffle puissant d’une dépression argentine… Alors si cette journée de mercredi s’annonce comme un break éolien, elle risque fort de puiser au plus profond des réserves physiques et techniques du skipper : l’objectif est bien d’en finir avec ce disque de carbone récalcitrant !

 

Les mailles à l’endroit

 

Car la perturbation s’évacue désormais vers les ténébreuses violences d’une mer antarctique pour laisser place à un agglomérat de bulles et de bourrasques aussi impitoyables que volages, aussi aléatoires qu’éphémères. Ce que les Fouesnantais dénomment une « transition » : un passage délicat entre un système météorologique palpable et un autre en construction, un glissement incontournable d’une situation programmable à une configuration acquise. Bref une zone d’incertitudes et surtout de brises essoufflées et inconstantes qui ont l’art de créer des connexions neuronales inhabituelles : le questionnement entame l’engagement. Quelle toile, quel cap, quelle priorité ? Comment tricoter à l’endroit sans faire de croches dans l’esprit ? Comment concilier le sablier du temps et le chronomètre du tour ?

 

Être pris par les mauvaises humeurs du vent annihile les pensées que la force du vent et de la mer a la force de balayer. En est-il de même lorsque les fragrances de Sainte-Hélène, l’anticyclone qui virevolte dans l’océan Atlantique Sud, viennent embaumer la route vers le Nord ? Un mois après avoir largué les amarres ouessantines, passant d’un cœur d’automne aux torrides équatoriales puis aux fraîcheurs des mers du Sud pour revenir vers les étouffants tropiques, le cagnard de la ligne hémisphérique et terminer par les froidures d’une orée hivernale… Ainsi en trois jours, la température est montée de 3°C à 15°C pour aller flirter avec les 35°C d’ici ce week-end ! François Gabart l’indiquait clairement : « je ne récupère pas aussi vite que je récupérais avant et ça va probablement durer jusqu’à la fin du tour… »

 

Or quand le corps peine, le mental patine. Entre les impératifs techniques (réparer, entretenir, anticiper) et les scenarii rythmés par l’horloge, la problématique du solitaire transmute d’une capacité à soutenir des tempos toniques à la gestion spirituelle d’un interrogatoire permanent. Prendre son temps, c’est en perdre ! Or la vitesse est la contrainte d’un tour du monde avec ce 49.3 (49 jours 3 heures) qui martèle le quotidien, surtout lorsque l’histoire des révolutions planétaires rappelle que les ennuis viennent parfois au moment où le marin les attend le moins : Bruno Peyron et son équipage avec une boule de mât en cacahuète (Orange II), Francis Joyon avec son gréement en alerte (IDEC)… justement aux abords d’un retour équatorial.

 

Question de correspondance

 

Car le TGV des dépressions australes fait place à l’omnibus brésilien : Rio de Janeiro n’est pas seulement le temple de la samba, c’est aussi le générateur d’une dysharmonie météorologique. Entre jungle amazonienne et glaciers de la Cordillère se mêlent les genres dépressionnaires et anticycloniques : le cap Frio à la pointe Sud-Est du Brésil en marque les frontières. Ce coin du monde est pourri ! Et dans ce capharnaüm céleste, François Gabart doit concilier progression et réparation : avec un franc soleil qui se lève tout juste en ces latitudes pré-tropicales, vient le temps du bricolage, du pansement et de la cautérisation de la galette…

 

Et pour autant, le solitaire ne doit pas rater les correspondances lors de cette succession de stations dans un vent qui oscillait ce mercredi matin entre dix et vingt-cinq nœuds. La configuration la plus délicate sur un multicoque géant sur lequel le skipper ne peut en permanence adapter la voilure. Le skipper du trimaran MACIF va donc devoir se focaliser dès l’aube venue, sur la résolution de cet incident technique plombant. Mais on ne fait pas de galette sans casser des œufs ! Les 1 700 milles d’avance sur le temps de référence de Thomas Coville, soit trois bonnes journées de mer, risquent fort de réduire à la cuisson de ce passage entre l’austral et le tropical… Mais cette perte de quelques centaines de milles ne devrait pas trop impacter la fin de ce tour puisque son prédécesseur n’avait pas eu une remontée de l’Atlantique Sud après le cap Horn, ni très facile, ni très véloce.

 

D’ici deux jours, ce sont les alizés de Sud-Est qui pousseront le skipper assez rapidement vers la ligne de démarcation hémisphérique et le multicoque retrouvera ainsi le bon wagon vers une situation météorologique relativement habituelle qui lui permettra de « fuir vers le haut », vers une « dromosphérie » chère à Paul Virilio : une course en révolution planétaire qui marque l’accélération du mouvement dans un même espace ! Et si François Gabart revisitait l’influence gravitationnelle sur la dilatation du temps et la courbure du monde ? Mais quoiqu’il en soit, l’axe prioritaire du solitaire est désormais ascendant : l’horizontalité courbe des mers du Sud où tout arrive par derrière, a laissé le champ à une verticalité zigzagodromique où les évènements météo attaquent par le flanc. Il faut dorénavant conjuguer les jours au futur proche de l’indicatif…

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