Haut de page

Se souvenir des belles choses

Ouessant, tout droit, à 290 milles. Ce matin, François Gabart n’avait plus qu’une petite poignée de milles à engloutir avant de croiser la ligne d’arrivée, sans doute au tout petit matin dimanche. Puis il y aura le record, et puis la rade de Brest et puis les pontons et mille émotions pour la mémoire…

Point course en bref  :

290 derniers milles au ralenti
ETA : 4h20 heure française à Ouessant – ou 7h30

C’est bien dans le tout petit matin breton que François va glisser son laisser-passer dans la pointeuse de Ouessant. Les fichiers météo américain et européen se sont presque mis d’accord : le passage de ligne se fera aux alentours de 4h30, heure française. Seul le modèle numérique français Arpège suggère qu’il faudra attendre 7h30 pour capter sur la ligne le flash filant de l’extramerestre.

Les quelque 20 dernières heures de run pourraient, pour une fois, se faire légèrement au ralenti. La traversée du front chaud qui lui barrait la route n’a pas été simple, ce matin, et le trimaran MACIF accompagne désormais, plus qu’il la contourne, la dorsale qui fait obstacle depuis quelques jours. Ce n’est qu’au tout dernier moment que le solitaire et ses routeurs choisiront l’angle idéal pour rallier Ouessant. Passer à 52°N ? A 51° N ? La différence, au fond, ne semble pas si cruciale, il est simplement question de finir sur le même ton, dans le même esprit, 42 jours de travail bien fait.

Demain, le préposé du so british World Sailing Speed Record Council, qui constatera officiellement le croisement d’une ligne virtuelle et d’une flèche vert et bleu avec un marin dessus, haussera probablement un coin de moustache d’extase. De la pointe de son stylo émergeront quelques chiffres qui restent à peaufiner, mais qui donnent déjà le tournis. Ouessant-Ouessant en passant par le grand sud : 42 jours et une grosse poignée d’heures. A la moyenne de quasiment 22 nœuds sur la route théorique. A plus de 27 nœuds sur la route réelle. Avec le sourire, et une mèche blonde dans le vent. Soit 6 jours et quelques heures de moins que Thomas Coville, qui avait déjà corrigé très sérieusement la marque de Francis Joyon. Ces Frenchies sont le progrès.

« Monstrueux »

Bluffant. « Je ne sais pas si je suis bluffé, mais François vient de montrer qu’il est capable de faire tout au long d’un tour du monde ce qu’il fait sur une sortie d’entraînement ou sur une Transat. On sait que François sait faire avancer très vite un bateau. La découverte vient de ce qu’il est capable de le faire aussi longtemps. ». Antoine Gautier est un garçon prudent et discret par nature. Alors, chaque mot vaut pour ce qu’il est, tel qu’il est. « François est monstrueux. Il est fait pour ça, pour attaquer les choses comme ça. Il ne triche pas, il a une capacité à s’engager corps et âme dans ce qu’il fait. Antoine Chartiez, qui est préparateur et peintre du trimaran, est revenu d’une navigation avec François en disant que, quand tu vois l’intensité avec laquelle il s’entraîne, c’est un facteur de motivation pour tout le monde ».

Ce qui émerge du record à venir, c’est la force de l’équipe de Mer Concept qui, depuis les tous premiers coups de palette graphique, fait corps autour d’un projet bien né. Un certain nombre des personnes clés de l’équipe suivent François depuis l’époque où l’écurie de Michel Desjoyeaux, Mer Agitée, couvait l’impétrant au Vendée Globe. « Imaginez l’âge qu’on avait au départ du Vendée Globe, souligne Antoine. C’est dans la nature de François que de faire confiance. Et pourtant ce n’est pas simple de faire confiance à des gens quand il s’agit de faire grandir un bateau sur lequel tu vas devoir filer à pleine vitesse dans les mers du sud, et que c’est ta vie qui est en jeu… Pour nous, c’est une responsabilité, mais c’est surtout une chance, parce que c’est stimulant. L’implication que cela entraîne est totale : ce n’est pas sur son bateau qu’il a fait le tour du monde : c’est notre bateau ».

« Il ne restera pas grand-chose de François… »

Dimanche, dans la nuit, l’ingénieur sera sans doute le premier à monter à bord, une fois la ligne franchie. Il y aura bien quelques embrassades et des instants qui n’appartiendront jamais qu’à eux. Puis Antoine fera un tour du bateau, « pour voir comment il a traversé, comment il a vieilli ». Sans doute réalisera-t-il aussi à quel point le skipper a pris soin de sa machine magique. « Il va falloir vivre cette euphorie qui commence déjà à monter, puis laisser couler l’émotion qui va avec. Ce qui me marque, depuis plusieurs jours, c’est qu’il parle du bateau avec émotion. C’est une vraie marque de respect pour l’équipe technique, comme le fait qu’il a toujours devancé les visites techniques pendant son tour du monde. Dès qu’il avait un temps libre, François allait vérifier que tout fonctionne bien, sans même qu’on lui demande. Et c’est peut-être là qu’on a réalisé un vrai progrès, à l’occasion du tour du monde : nous avons été meilleurs sur la gestion de ces contrôles réguliers ».

Des émotions, il y en aura d’autres, dans la traversée au petit trot de la rade de Brest. Et puis après, le long des quais et sur le ponton. De belles choses à partager, à insuffler, à communiquer. De celles qui comblent une vie et en enrichissent mille autres. « Avec tout ce qu’il a mis pour faire ce record, il ne restera sans doute pas grand-chose de François une fois la ligne passée… Au Vendée Globe, on s’était dit bonjour et basta, on ne se connaissait pas réellement. Je sens que l’émotion sera totalement différente demain : on se connaît depuis longtemps maintenant et la performance est remarquable. Et puis ce n’est pas une arrivée de course, où tout est organisé. Là, les gens ne seront là que pour François et son record. Pour lui, ça va être très profond… »

Partager l'article

15 juin 2018

François Gabart prêt à prendre son envol

Le compte à rebours est lancé. C’est dans un peu plus d’un mois que François Gabart reprendra la barre de son trimaran MACIF, qui sortira fin juillet...

Lire la suite

8 juin 2018

3 questions à… CDK Technologies

Créé en 1984 par Hubert Desjoyeaux, CDK Technologies fait aujourd’hui office de référence dans l’univers des chantiers navals. Spécialiste de la...

Lire la suite

5 juin 2018

La Macif et François Gabart soutiennent le World CleanUp Day !

La Macif et François Gabart s'engagent en faveur de la protection de l'environnement. Aux côtés de l'association World CleanUp Day, le skipper du trimaran...

Lire la suite