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Un bon petit bout de pain blanc !

Depuis hier, François mord à pleines dents dans la mie ferme et claire de son pain blanc. Un festin largement mérité après des jours à grimacer devant une croûte noire qui ne tenait pas en place dans l’assiette. Ce samedi matin, le skipper du trimaran MACIF comptait 1076 milles d’avance sur le record de Thomas Coville avant d’attaquer une nouvelle journée de haute vitesse.

 

Point course en bref : 

  • Un vendredi à pleine vitesse : 829 milles sur 24 heures et 10h à 36 nœuds !
  • A venir : 25-30 nœuds, houle longue quasiment dans le sens de la course et zones de glace évitées
  • Le cap Horn s’annonce dimanche en fin d’après-midi, à 100 milles au large

829 milles. Hier, le trimaran MACIF a fendu les mers australes, poussé par le front de la dépression sur laquelle il s’est solidement installé, et porté par une houle longue qui vient de trois-quarts arrière et ne sollicite pas outre mesure le bateau. Des conditions idéales pour réaliser la deuxième meilleure distance parcourue par un solitaire sur 24 heures avec, pour la fine bouche, une session de 10 heures à 36 nœuds de moyenne. Le coude à la fenêtre et la satisfaction de s’autoriser à ne pas descendre sur les 57°30 Sud pour éviter les glaces en ne concédant qu’une perte minime à la route optimale. Ce petit morceau de pain blanc fait du bien au moral, même pour un marin qui sait pondérer ses émotions. Et il y a du rab : ces conditions propices à la vitesse devant se prolonger dans les jours à venir.

 

François doit déjà espérer qu’il lui restera un quignon encore blanc et frais pour accompagner un bout d’Atlantique. Le record se jouera – comme toujours – sur la remontée des Atlantiques, quand bien même il comptera deux jours d’avance au Cap Horn, qu’il est censé doubler dimanche en fin d’après-midi… si le week-end s’annonce comme prévu, avec un vent qui prendra progressivement de la droite en apportant un flux de 25-30 nœuds et un passage du Horn au large, pour éviter le dévent des terres, et au reaching parce que c’est comme ça.

 

Isa, la petite fée de la logistique

 

Dormir, manger, lofer. C’est fou comme la vie peut être simple à bord d’un trimaran, surtout lorsque le marin consacre un peu plus de temps aux deux premières activités et un peu moins à la troisième. Au cours des 24 dernières heures, François aurait dormi 6h38. Un temps de récupération inestimable après tant de journées harassantes passées à se piquer les nerfs sur les pointes de la couronne antarctique. De quoi rassurer Isa qui, jeudi, s’inquiétait pour son marin. Isa, c’est Isabelle Magois, la responsable logistique du team trimaran MACIF. C’est la fille qui fait rebondir le semi-rigide MACIF dans la baie de Port-la-Forêt en conduisant d’une main, et qui fait rêver les passagers en leur racontant des histoires de montagne et les fait rire avec des blagues de garçon. C’est aussi la petite fée qui veille sur tout, et notamment sur le bon-manger de son skipper. Parce que ça va bien, les histoires de bateau, mais le marin a le sens des valeurs.

 

Elle était inquiète, Isa, de voir son skipper se faire blackbouler dans la houle courte et traîtresse de cette semaine « Il a forcément du mal à manger quand ça bouge comme ça, il ne peut sans doute rien faire réchauffer, parce que ça peut même être dangereux ». Les huit sacs de six jours sont bien faits, et François a dû trouver de quoi « snacker ». « J’ai fait le plein de snacks, eux aussi répartis par semaine. Du sucré, mais surtout du salé. Des amandes et des noix de cajou pour les heures en eau froide, et des petits pains, des filets de poisson, des plats de soja et des steaks de soja (ndlr : ça se mange froid, vraiment ?). Et puis de la viande des Grisons et des filets mignons fumés qu’on a fait venir des Gets, parce que François adore ça. Tout est sous vide ». Ou plus précisément, tout était sous vide. Comme le petit bloc de foie gras hebdomadaire qui a dû, lui aussi, passer à tabac il y a deux-trois jours…

 

Isabelle Magois, responsable logistique de l’équipe du trimaran MACIF en préparation de l’avitaillement pour le tour du monde - ©Alexis Courcoux / Macif
Isabelle Magois, responsable logistique de l’équipe du trimaran MACIF en préparation de l’avitaillement pour le tour du monde – ©Alexis Courcoux / Macif

 

Les bons petits plats de Laurent Sibert

 

Le retour dans des eaux plus confortables s’accompagne du retour à une nutrition plus en phase avec les besoins énergétiques, oui, mais aussi avec la fine gueule du skipper. Fine gueule ne rimant pas forcément avec optimisation des poids. Car pendant qu’Antoine Gautier et Guillaume Combescure s’échinent à enlever trois cents grammes par-ci, François rajoute des plats cuisinés par Laurent Sibert par là. C’est que c’est important pour le moral, le sens du goût et des textures. Il y a bien deux plats lyophilisés dans chaque sac de six jours, mais l’essentiel de la place est accaparé par les menus concoctés par l’ancien camarade de classe devenu chef, notamment à bord de bateaux qui remontent jusqu’au Spitzberg les gentils barjots qui vont faire du ski sur les flancs de la Norvège. Quand il a fallu se pencher sur les menus, ça parlait sérieusement de canard en sauce pour les mers froides et de salades gourmandes pour quand il fera chaud. « Avec les accompagnements – riz, quinoa, légumes pour la chaleur – le poids d’un avitaillement journalier est de 2,5 kilos, contre moins de 2 kilos avec des plats lyophilisés, précise Isabelle. Le dossier avitaillement ne fait certes pas gagner de poids au bateau, mais il fait gagner bien plus au moral. Ça n’a pas de prix ».

 

Côté santé, François boit de l’eau désalinisée enrichie par des capsules de sels minéraux. Il consomme entre 4500 à 5000 calories par jour. Lors du Vendée Globe, il n’avait pas perdu ni pris un kilo en presque trois mois à ce régime-là. La légende dit qu’il n’a pas pris un gramme depuis ses 18 ans. Décidément, ce garçon est agaçant…

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