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Le détour du tour

Alors que François Gabart entame sa dernière ligne courbe vers Ouessant, terme d’un tour du monde annoncé autour de 43 jours, les conditions de navigation sont probablement les plus softs de ce périple planétaire : face à un front chaud avant une bordure de dorsale, le trimaran MACIF n’a jamais été aussi lent depuis son premier passage du Pot au Noir ! Mais la situation devrait progressivement s’améliorer pour une arrivée toujours programmée dimanche en matinée…

 

Point course en bref : 

  • À deux jours de l’arrivée, François Gabart peine dans de petits airs
  • Le franchissement de la ligne est toujours programmé pour dimanche
  • Cette pause impromptue va permettre au skipper d’effectuer un dernier check-up du multicoque

 

Croire que les prémices d’un final sont plus aisées qu’une décision de partir serait tromperie : on gamberge moins à s’élancer qu’à atterrir ! Partir, c’est découvrir. Arriver, c’est s’arrêter. Arrêter de courir après le temps, arrêter de se projeter, arrêter de s’éreinter, arrêter de s’en prendre plein la figure, arrêter de se faire des scenarii, arrêter de penser aux autres, arrêter de conspuer la nature et de s’en émerveiller, arrêter de creuser le fond de soi. Alors quand le principe même d’un record de vitesse impose un rythme de folie, voir les aiguilles tourner à quelques encablures du but après près d’un mois et demi de concentration devient une obsession. L’angoisse du gardien de but au moment du pénalty. Le défilement des choses de la vie. Le retour sur tout un tour. La remise en perspective. La réflexion sur le sens. Quand bien même le résultat s’annonce exceptionnel !

 

Voyage au bout de la pluie

 

Mais le tour du monde à la voile est fait de cet enchaînement de systèmes, de cette succession de dépressions, de cette capacité à transiter d’une configuration à l’autre, de cette gestion chronophage, de ce surpassement physique et mental. Au départ de Ouessant le 4 novembre dernier à 10h05, François Gabart restait l’un des seuls à croire que l’ouverture était possible et le tour probable : l’Atlantique Nord se présentait correctement, sans plus, et l’objet d’être plus rapide que son prédécesseur Thomas Coville au passage de l’équateur était loin d’être acquise. Mais il faut savoir « perdre un vairon pour pêcher un saumon » disait le philosophe flamand Janus Gruter : la décision de tenter reste à l’actif du seul skipper.

 

Alors quand ce tour s’achève sur une touche de ralentissement, un zeste de slow, une pincée d’impatience, une pointe de frustration, faut-il rappeler qu’il est plus beau de découvrir à l’horizon la côte déchiquetée de l’île du bout du Finistère à l’aube d’un quarante-troisième jour que le pinceau du phare de Créac’h au crépuscule ténébreux sur une mer démontée ! L’image la plus forte ne sera-t-elle pas cette terre, la seule de cette révolution planétaire, que François Gabart gardera en mémoire ? Un instant de pleine solitude après ces six semaines de bataille navale contre un simple chronomètre… Car quelle sera la suite de ce voyage autour du monde ? Une déferlante de questions, une houle de foule, une vague d’enthousiasme, une écume d’interrogations et des embruns d’applaudissements… Après un tour, c’est un monde. Après la mer, un autre univers. Après les secousses marines, un choc !

 

L’insoutenable légèreté de l’air

 

Mais d’ici là, l’objet reste le même : réduire le temps. Ne pas se faire submerger par un morceau d’anticyclone planté devant l’arrivée. Faire encore un tour, mais autour d’une dorsale. Tout simplement, un haricot sans vent s’est installé entre deux dépressions, l’une qui vient de balayer sévèrement la mer d’Iroise, l’autre qui se creuse dans les eaux glacées du Labrador. Alors c’est au cœur de la nuit atlantique, vers les 6h30 ce vendredi, que la « vitesse de croisière » du trimaran MACIF a brusquement chutée de plus de trente nœuds à moins de quatre… Un arrêt buffet prévu et qui ne devrait pas perdurer mais il n’en reste pas moins qu’après avoir aligner plus de 27 nœuds de moyenne depuis le départ de Ouessant, se retrouver embourbé dans un marais barométrique, a des saveurs acides.

 

L’air de rien, l’ère du néant, l’aire sans vent : quand le calme vient s’inviter et que la mer est encore secouée des soubresauts colériques laissés dans le sillage d’une mauvaise perturbation, non seulement le multicoque baguenaude d’un flotteur à l’autre, mais en sus le solitaire ne sait plus à quelle brise se vouer. Que faire quand le compteur frôle le zéro, que le pilote s’emmêle les pinceaux, que les voiles battent la chamade et que l’ordinateur reste muet devant cet imprévu ? Prudence est mère de sureté dit le proverbe et « le premier pas vers la jouissance est la patience » mais est-ce l’heure des réflexions philosophiques quand la profonde nuit pose sa chape de plomb ? François Gabart n’a donc d’autre solution que d’attendre que l’astre solaire darde ses rayons sur ce spectacle incongru d’un albatros posé sur un océan à demi lissé : tant qu’un souffle ne daigne s’ébrouer, l’oiseau, malgré son envergure, ne peut s’envoler.

 

Ce passage à vide nocturne devrait donc se diluer au petit jour local (vers 10h00, heure française) et le trimaran MACIF va alors pouvoir traverser un front chaud avant d’entamer le contournement d’une dorsale. Celle-ci va l’obliger à « grimper » vers le Nord-Est quasiment jusqu’à la latitude de l’Irlande (vers 51° Nord) la nuit prochaine avant de glisser vers l’Ouest jusqu’à la mer Celtique ce samedi. Et ce n’est que dimanche que la Manche pourra lui ouvrir ses portes pour un dernier rush vers Ouessant : une arrivée par le Nord en traversant perpendiculairement les rails de cargo qui gèrent le trafic maritime entre mer du Nord et Atlantique… Mais ce train de sénateur ne devrait plomber cette rotation planétaire que de quelques dixièmes de nœuds : l’essentiel n’est-il pas que le lien soit indéfectible entre le solitaire, son bateau et la mer ? Avec un score que même les plus au fait n’osaient imaginer… Quelle qu’en soit l’issue, ce tour a bien des atours.

 

 

 

 

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