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François Gabart nous raconte la Brest Atlantiques

François Gabart, Gwénolé Gahinet et Jérémie Eloy ont franchi la ligne d’arrivée de la Brest Atlantiques en deuxième position, ce samedi matin, 2 jours et 21 heures après le maxi Edmond-de-Rothschild. Le trio du trimaran MACIF aura passé 31 jours et 20 heures en mer pour boucler la Brest Atlantiques, et parcouru 17889 milles dans les Atlantiques nord et sud.

Ecoutez les déclarations au ponton de François Gabart : 

Ecoutez les déclarations au ponton de Gwénolé Gahinet : 

 

Il aura fallu 31 jours, 20 heures, 43 minutes et 50 secondes à l’équipage du trimaran MACIF pour accomplir les 17 889 milles parcourus en boucle dans les Atlantiques nord et sud avec deux marques à passer, à Rio de Janeiro et dans les eaux du Cap. Deux points de passage qui se sont révélés essentiels et utiles au team MACIF, contraint à stopper deux fois pour effectuer des réparations. A quatre reprises en effet, le trimaran MACIF a été victime d’avaries consécutives à des chocs avec des ofnis. Et c’est avec seulement trois appendices opérationnels sur six que François Gabart et Gwénolé Gahinet ont conquis la deuxième place de cette première grande boucle Atlantique. Voici leur histoire.

 

La course en chiffres
Heure d’arrivée : 06 h 43 min 50 sec UTC (07h 43m 50sec FR)
Temps : 31 j 20 h 43 min 50 sec
Écart : 2 j 21 h 19 min 04 s
Ortho : 13752,56 nm / 17.98 nds
Fond : 17889.72 nm / 23.39 nds
Distance max parcourue en 24h : 6 novembre avec 755.89 nm / 31.5 nds

 

Quel est ton état d’esprit général, à l’arrivée de cette première Brest Atlantiques ?

François Gabart : « Je suis content de terminer ! Même si on est toujours très bien en mer, ça fait plaisir de franchir une ligne d’arrivée, surtout quand on est suivi par un bateau qui presse derrière, en l’occurrence Actual Leader. C’est un soulagement de prendre cette deuxième place ! »

 

Le trimaran MACIF a beaucoup souffert ?

F. G. : « Sur MACIF, il y a six appendices, entre safrans, dérives et foils. On rentre au port avec trois appendices en bon état. Jusqu’à présent, dans ma carrière, j’ai eu la chance de peu taper. Je me rappelle avoir un peu touché en IMOCA, les bords d’attaque des dérives le montraient un peu, mais je n’avais jamais connu ça : en une course, on a tapé quatre fois, puisque, à Rio, on a changé la safran central grâce au team Banque Populaire. » (voir la liste des incidents ci-dessous).

 

En résumé, qu’avez-vous cassé ?

F. G. :
« – Au Cap Vert, le safran central de MACIF est cassé par un choc avec un OFNI, au point de devoir être remplacé par un safran central du team Banque-Populaire. Le team technique depuis Port-la-Forêt l’a adapté au trimaran MACIF avant de l’emmener au Brésil, au prix de 48 heures de travail.

– Trois heures avant l’arrivée à Rio, la dérive centrale est endommagée à son tour, on perd 20% du bas de la dérive. C’est ce qui explique en partie la longueur de l’escale, plus longue qu’initialement prévu. Le team a fait très vite pour changer le safran central. Il a fallu démonter la dérive, la découper, refaire un morceau propre, mais sans le T.

– 24 heures après le retour en mer, dans le vent fort au près, la dérive s’est ouverte, des peaux extérieures sortant de la structure, sur le côté bâbord. Sans le T, c’était devenu difficile de voler.

– Après Rio, au milieu de l’Atlantique, on perd à nouveau le safran central. On décide de faire sans, mais à force de ne naviguer qu’avec un safran et sans dérive, on impose des efforts importants au système de barre. Dans le vent fort, le bateau est devenu difficile, et on casse la liaison entre la barre et le safran tribord, qui devient inutilisable. Nous étions dans les alentours de Gough Island, au milieu de l’Atlantique, avec du bâbord amure à faire vers le Cap, on n’avait plus que le safran au vent. Pendant 24-36 heures, il a fallu qu’on navigue de telle manière à accrocher le flotteur dans l’eau pour qu’un bout de safran restant nous fasse avancer.

– Nous nous sommes arrêtés au Cap pour réparer, mais on n’a pas pu remettre un safran central. La seule solution qu’il restait était un safran de Spindrift, mais ça ne marchait pas en termes de timing. Après de longs échanges avec le team et la Macif, on a estimé que MACIF pouvait poursuivre la course : il était assez sécurisé et malléable pour nous permettre de repartir avec deux safrans de flotteurs et pas de safran central, et une dérive toujours délaminée. Nous avions également mis une option sur un arrêt à Recife, puis éventuellement au Cap-Vert, puis éventuellement aux Açores.

– Le long de la Namibie, peu de temps après avoir quitté Le Cap, on a tapé le foil tribord, qui est resté à poste, mais avec un gros trou sur le bord d’attaque et un système de rake (réglage de l’angle) cassé. On a bidouillé quelque chose avec un bout pour pouvoir le régler quand même. La chance qu’on a eue dans notre malheur, c’est qu’il y avait une majorité de tribord à faire jusqu’à Brest. On avait envie de continuer avec Actual Leader, jusqu’au bout pour cette deuxième place. Bref, on a rallié Brest avec deux safrans de flotteurs en état et le foil bâbord. »

 

Avec trois bateaux classés à l’arrivée sur quatre, et le 4ème qui arrive, cette Brest Atlantiques montre les progrès de la classe Ultim’ ?

F. G. : « Ce n’est pas mauvais, en effet ! Si on avait fait une transat classique, vers Bahia ou Rio, nous aurions eu quatre bateaux à l’arrivée, et ils auraient fait la distance assez vite, d’ailleurs. Mais les conditions ne se prêtaient pas à la grande vitesse, avec beaucoup de près, ce qui n’est pas l’idéal pour nos bateaux. »

 

Tous les bateaux de la Brest Atlantiques ont tapé des ofnis. Qu’est-il possible de faire pour limiter ces dégâts collatéraux ?

F. G. : « L’importance des dégâts vient du fait que les bateaux vont plus vite, et que ralentir n’est pas la solution. La solution serait de pouvoir détecter ces ofnis, on en parle depuis longtemps et ça se met en place progressivement. A bord du trimaran MACIF, nous avons une caméra en tête de mât qui a enregistré toute la course. Ce n’est pas encore opérationnel pour la détection des containers ou des animaux marins, mais on a bon espoir qu’un système soit opérationnel rapidement. Il faut sans doute qu’on aille plus vite sur ce sujet, qu’on soit meilleur. C’est aussi le rôle de classes de bateaux comme la nôtre ou de celle de l’IMOCA de promouvoir la technologie, de défricher et de créer des choses qui serviront à tous. Et puis il y a dans l’eau ceux qui ont une bonne raison d’y être – et on espère n’avoir blessé personne – et ceux qui n’ont pas à être là. »

 

A trois, c’est déjà un équipage. Le solitaire que tu es y a-t-il pris goût ?

F. G. : « Je n’ai jamais caché mon envie de naviguer en équipage. J’ai appris énormément de choses en solitaire, mais travailler en équipe m’intéresse beaucoup, c’est d’ailleurs comme ça qu’on fonctionne à terre depuis pas mal d’années. Et ça se révèle passionnant sur l’eau. Des courses en équipage se profilent dans la classe, ça me motive énormément, d’autant que la vie à bord a été hyper facile avec Gwénolé (Gahinet) et Jérémie (Eloy), malgré les chocs, les casses. On s’est bien marré, on a progressé, c’est une de mes grandes fiertés que d’avoir su faire vivre aussi bien un trio qui ne se connaissait qu’un peu à terre. Ça m’a donné envie de recommencer ! ».

 

ILS ONT DIT
Gwénolé Gahinet, co-skipper du trimaran MACIF

« Ce fut une superbe expérience, un chouette moment humainement. Il n’y a jamais eu un mot plus haut que l’autre, c’était fluide. Ce qu’on sentait à terre avant le départ, on l’a vécu en mer, c’est génial. François est assez impressionnant pour sa capacité à accepter le sort pour aller de l’avant à chaque problème, sans s’apitoyer. Il y a très peu de latence, il passe très vite à la suite, et c’est forcément très formateur pour moi. Il a aussi un niveau assez exceptionnel sur la façon de mener un trimaran comme ça, à haute vitesse. Il a un fond de jeu impressionnant. Partager ça en tant que co-skipper, c’était assez génial. Il est rigoureux, méthodique, il réfléchit beaucoup et il t’invite tout le temps à partager ce que tu penses. C’est sa force à terre, ça l’est aussi sur l’eau. On a beaucoup échangé, sur différents sujets, parce qu’on a tous les deux envie de « changer le monde » à notre petite échelle. Mes temps forts ? Gough Island est une île déserte assez magique, inhabitée et perdue au milieu de nulle part ; et puis on a passé deux jours magnifiques entre Le Cap et le nord de la Namibie, avec à vue le désert, les dunes, les cétacés et les oiseaux. Physiquement, on est plutôt en forme, mais je prends conscience que couper la ligne d’arrivée m’ôte d’un poids : ces bateaux sont un stress permanent. Cela fait du bien d’être sorti d’affaire, c’est un bon petit soulagement. Quant à la low tech, je me suis régalé, je suis super content des résultats, c’est inspirant pour plein d’autres choses. »

 

Jérémie Eloy, mediaman du trimaran MACIF

« La relation entre nous trois, qui était top au départ, s’est encore renforcée avec les aventures, qui n’ont pas été si simples que ça. Avec tout ce qui est arrivé à MACIF, il faut ce lien fort entre les skippers et le mediaman ; sinon cela aurait bien compliqué. Le mediaman est un peu l’intrus, quand même. Quand tu prépares à manger pendant que deux marins se battent pour remettre le bateau en état, tu es à contre-temps. Heureusement qu’on avait fait de l’humour un de nos outils ! Voir François et Gwénolé réagir comme ils le font dans l’adversité, c’est très impressionnant. Imagine-toi à la maison, avec une panne de lave-linge un jour, une fuite d’eau le lendemain, la voiture qui tombe en panne ensuite, et que tu restes serein, à traiter les problèmes avec abnégation, en restant hyper calme… J’ai halluciné. Ce qui a pu me manquer en tant que kitesurfeur* ? Aller à l’eau ! Dans la grande houle, il y avait des sensations de glisse incroyable. Tu vois l’eau défiler en permanence, la vitesse, le vent… J’étais comme un gamin puni dans un magasin de bonbons. Gough Island a été un moment magique, d’autant que nous avions connu une mer et un vent très forts pendant deux ou trois jours. Cette île, perdue au milieu de nulle part, est survenue juste à la sortie de ce passage, comme une délivrance. Et puis j’ai ressorti le drone le long de la Namibie, dans des endroits où j’ai ridé et surfé, notamment la vague de Skeleton Bay, découverte grâce à un concours via Google Earth. Une des plus belles vagues au monde… J’ai énormément filmé, j’ai hâte de voir et entendre toute cette matière. Sur l’eau, avec le bruit et les mouvements, plus mes tâches de montage au quotidien, je n’ai pas pu analyser ce que j’avais capté. Mais c’est assez exclusif, oui… »

(* : Avant d’être derrière la caméra, le breton a mené une carrière de kite-surfer professionnel entre 2002 et 2009.)

 

Jean Bernard Le Boucher, Directeur des Activités Mer du groupe Macif

« La Brest Atlantiques a été une course difficile pour nos marins. Les conditions météorologiques ont été rudes en ne laissant pas indemne le trimaran MACIF. Cependant, il nous conforte dans l’idée que MACIF reste un bateau performant et qui peut se confronter aux Ultims nouvelle génération. Je tiens à féliciter François, Gwénolé et Jérémie pour leur persévérance et leur bel état d’esprit tout au long de ce parcours. L’équipe technique a fait un travail remarquable sur les deux escales techniques en conjuguant rapidement les expertises techniques et les compétences les plus variées. Cette seconde place est donc une grande réussite ! L’ensemble des collaborateurs, délégués et sociétaires ont suivi attentivement les choix stratégiques de François et Gwénolé, et grâce à Jérémie nous avons pu vivre au plus près leur traversée. Merci et un grand bravo ! »

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