Haut de page

Et la lumière fut

Au petit matin, le trimaran MACIF s’est présenté dans le Goulet, l’entrée de la rade de Brest. Le peuple des mers l’attendait déjà sur l’eau tandis qu’à terre, une foule immense s’était massée sur le quai Malbert. Retour sur ces heures où le marin redevient humain.

 

« … et, tu verras, tel que le connais avec son envie de bien faire, la lumière sera belle pour son arrivée ». Prophète, Roland Jourdain a vu juste. En s’arrachant à sa grasse matinée dominicale, le soleil s’est glissé dans entrebâillement du goulet de la rade de Brest pour venir réchauffer la mer argent de ses langueurs orangées. La Terre s’est fait une beauté pour accueillir celui qui l’a domptée.

 

Il est 9 heures et le bout du monde s’éveille. Geste après geste, Brest s’étire. Lentement, les spectateurs les plus précautionneux affluent vers le quai Malbert et la scène accolée au ponton officiel. Ici, un voilier s’arrache au moteur du confort du port du Château. Là, un semi-rigide fend le miroir de la rade. Et puis un autre, vite suivi par des vedettes à passagers. Tous convergent vers le goulet, porte ouverte sur le reste de la planète.
C’est là que patiente le trimaran MACIF, le temps que la lumière soit. Une partie de l’équipe de François Gabart l’a rejoint après deux petites heures de mer. La jonction s’est faite vers 6h15. Pour la première fois depuis 42 jours, le trimaran MACIF était un peu en retard, et les équipiers aussi. « On est arrivé alors que François était en train de manœuvrer, alors on s’est catapulté sur le bateau et on l’a aidé, raconte Fred Bérat, le boat captain. Puis on s’est embrassé ». Guillaume Combescure : « C’est marrant, avec le temps, tu finis par penser que le bateau est petit. Et puis tu vois son ombre se dessiner dans la nuit, tu vois ses feux, et tu te rappelles qu’il est géant ». « Retrouver un bateau et son marin, c’est un moment particulier, prolonge Fred Bérat. Tu sais, ce bateau a fait le tour du monde, le tour de notre planète. Et mis à part quelques rares avions, il n’y a qu’un voilier qui soit capable de faire ça sans s’arrêter ».

 

Il y eut des embrassades, forcément. Quelques mots échangés et des bravos et des mercis qui volent d’un flotteur à l’autre. Mais comment poser des mots sur tout ce qu’a vécu François ? Comment explorer ce mélange de joie, de peur rétrospective peut-être, et de fierté et de gratitude, de fatigue, de douleurs physiques, d’épuisement nerveux. Comment séparer la trajectoire effectuée, le présent et le futur immédiat ? Peut-être en se réfugiant au plus près de son père, monté à bord dans la nuit, et de sa femme Virginie.

 

Il est 9 heures et le trimaran MACIF s’ébroue, pour entamer une marche lente, joyeuse et solennelle vers le quai Malbert. François sort. Sautille sur le trampoline et prend pied sur son flotteur tribord. Et puis il salue. Le trimaran MACIF est un château enchanté dont la tour surplombe largement les dizaines de bateaux qui lui ouvrent la route. Ça frotte un peu, mais gentiment parce que la mer a choisi de ne pas trop s’agiter. Déjà, à quelques longueurs à peine de la civilisation, l’Abeille Bourbon célèbre le recordman de ses cascades d’eau. En moins d’une heure, le quai Malbert s’est rempli et c’est désormais une foule immense qui attend son héros. Il faudra patienter encore un peu, le temps que François réponde à la presse. Il y a foule ? A pleines mains, il empoigne encore une fois un sac de voile et le déplace jusqu’au flotteur pour s’y installer. Il y aura des mots. Une foule de jolis mots plein de joie. Et parfois, la voix s’enroue un peu, l’œil cherche sur le côté la force de garder le cap qu’il s’est fixé quand il rend hommage à son bateau : « Je crois que j’ai été à sa hauteur en allant assez vite. Ce bateau méritait que je fasse tout pour le faire aller vite ». Les émotions affleurent, comme lorsqu’il évoque les douleurs qui assaillent son corps, peut-être aussi pénibles que jouissives, puisqu’elles sont la preuve qu’il est allé au bout de lui. Elles frémissent quand il parle de la nécessité de « faire confiance au bateau pour le laisser aller vite », même lorsque la mer est enfer. Elles deviennent irrésistibles quand il évoque « ces moments de vie » qui méritent qu’on fasse tout pour les faire naître. Elles finiront par le submerger sur le podium, face à une foule immense. Les premiers mots ne viendront pas. Lui qui s’est parfois senti « comme un animal sauvage » sur son bateau, griffes crispées et œil acéré, est d’un coup redevenu vulnérable face aux humains. Mais la mer, cette année, c’est lui qui l’a vaincue.

 

Partager l'article

15 juin 2018

François Gabart prêt à prendre son envol

Le compte à rebours est lancé. C’est dans un peu plus d’un mois que François Gabart reprendra la barre de son trimaran MACIF, qui sortira fin juillet...

Lire la suite

8 juin 2018

3 questions à… CDK Technologies

Créé en 1984 par Hubert Desjoyeaux, CDK Technologies fait aujourd’hui office de référence dans l’univers des chantiers navals. Spécialiste de la...

Lire la suite

5 juin 2018

La Macif et François Gabart soutiennent le World CleanUp Day !

La Macif et François Gabart s'engagent en faveur de la protection de l'environnement. Aux côtés de l'association World CleanUp Day, le skipper du trimaran...

Lire la suite