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Equilibre et harmonie pour l’équipage du trimaran MACIF

Mardi, François Gabart, Gwénolé Gahinet et Jérémie Eloy avançaient à près de 30 nœuds sur la route qui mène au Cap, la pointe la plus au sud du continent africain, où se trouve la seconde marque de passage de la Brest Atlantiques. Durant la vacation du jour, le skipper du trimaran MACIF a raconté ce que le trio venait de vivre depuis Rio, au près et dans une mer très formée pendant trois jours, l’état du bateau après 16 jours de mer – soit la mi-course environ – et la valeur réelle des quelques 140 milles qui séparent le trimaran MACIF du leader, le maxi Edmond-de-Rothschild. En voici la retranscription.

François, comment va l’équipage du trimaran MACIF ce mardi ?

François Gabart : « Pas mal ! On a eu une petite journée de transition hier, qui fut assez rapide, et on a retrouvé de la houle et des vitesses proches des 30 nœuds, c’est-à-dire 60 km/h. »

Vous devez retrouver des températures assez fraîches, non ?

F. G. : « J’ai mon ciré, les bottes et les bonnets ne sont pas loin. On vient d’empanner à la limite des glaces, par 43 degrés Sud, on n’est pas loin d’être au point le plus au sud de la Brest Atlantiques, zone la plus fraîche du parcours. A partir de demain soir, on retrouvera de la chaleur en se rapprochant du Cap. »

Avec le maxi Edmond-de-Rothschild, Sodebo et Actual Leader, vous livrez un beau combat !

F. G. : « Gitana va très vite, montre une belle vitesse, mais on n’est pas loin, on s’accroche pour essayer de les rattraper. Depuis 24 heures, la situation météo nous est favorable : on a bien gagné quelques milles hier, on a reperdu un peu dans la nuit. A mi-parcours, nous avons donc un peu plus de 100 milles de retard sur Gitana alors qu’il reste beaucoup à parcourir : 7000 milles. Sodebo a un souci, mais Actual Leader est proche, 200 milles environ, ce qui n’est rien. Les quatre bateaux vivent un scénario assez inédit : très serrés après plus de quinze jours de course. C’est une agréable surprise de nous voir tous en mode compétition à ce stade de la course. »

A mi-course, est-ce que vous estimez que vous êtes proche du plan de route envisagé ?

F. G. : « On est plutôt en retard par rapport aux statistiques météo sur lesquelles on a travaillé en amont. Lors de mon record du tour du monde en solitaire (le trophée Antoine de Saint-Exupéry), après 16 jours de course, je devais être à la verticale de Madagascar. Dans nos prévisions, on devrait déjà être en train d’arriver au Cap. La météo a été assez favorable jusqu’au Pot-au-noir, puis on a eu des conditions pas simples pour arriver aux côtes du Brésil. Et, depuis Rio, sur un tronçon sur lequel on devrait aller très vite, on avance finalement au près dans une mer qui ne permet pas d’atteindre de belles vitesses. On s’est en effet retrouvé à l’avant de la dépression, comme prévu, mais avec un vent très Est et une mer de face très formée. Notre ETA à Brest ? C’est encore trop loin pour en parler, mais plutôt début décembre. »

Depuis votre départ de Rio, vous avez subi des conditions très musclées. Vous rappelez-vous avoir déjà connu ça ?

F. G. : « Des moments difficiles, j’en ai forcément connu … La spécificité de ce qu’on vient de vivre, c’est que cela a duré trois jours, et sans trop de variations. Mais la mémoire du marin est sélective : on oublie vite les moments difficiles. Et heureusement, car sinon on ne repartirait pas (rires). »

Vous devez être soulagé d’avoir traversé cette période compliquée !

F. G. : « On s’accroche, il n’y a pas énormément de manœuvres à accomplir, mais ça reste fatiguant. C’est difficile de se reposer, de dormir, de manger, de se déplacer dans le bateau. Heureusement, et j’en suis content, aucun ne s’est blessé, malgré les petits vols qu’on a faits à travers le bateau. C’est le plus important. Le bateau a demandé pas mal de temps de bricoles, qu’on a entamées quand les conditions étaient plus faciles. Quant au bateau, il n’est pas dans le même état qu’au départ, avec le changement de safran notamment, mais l’équipage est en pleine forme même s’il manque un peu de sommeil. »

Avec le recul, votre arrêt technique à Rio, de 19 heures, était indispensable ?

F. G. : « Sans le safran, le bateau marchait bien 90% du temps, ce qui signifie que, 10% du temps, on n’arrivait pas à le contrôler. Cela aurait pu être très complexe notamment dans cette zone d’exclusion des glaces. On ne voulait pas prendre ce risque. Quand on longe les icebergs, comme actuellement, ce ne serait pas raisonnable de naviguer sans safran, même si c’est toujours compliqué d’accepter de perdre du temps. L’équipe a fait du super boulot, ce n’était pas si simple que ça, et on a réussi à repartir dans de bonnes conditions. Je n’ai pas de regret. »

Est-ce que cela a cassé votre rythme ?

F. G. : « C’est toujours spécial de s’arrêter au ponton quand on est en course, mais ça nous a permis de dormir et de recharger les batteries. On n’a pas eu de souci à se remettre dans la course dans la foulée. On n’a pas trop lésiné sur cette escale. Le mot d’ordre était : « Pas de précipitation ». La situation météo faisait qu’en repartant un peu plus tard, cela ne nous pénalisait pas trop, en raison d’une dorsale, qui fait comme une petite barrière devant Gitana actuellement. Si on était reparti 24 heures plus tôt de Rio, on serait un peu mieux d’une centaine de milles, mais on n’aurait pas gagné 12 ou 24 heures sur Gitana. Les quatre bateaux, malgré les avaries, sont dans un espace serré, notamment parce que ça tamponne devant. »

Quand pensez-vous être au Cap ?

F. G. : « On va passer Robben Island, où Nelson Mandela a été emprisonné pendant 17 ans, dans la nuit de mercredi à jeudi, sans doute aux premières heures de jeudi. Il pourrait faire jour à 4 heures du matin TU, à la pointe du Cap. Si on peut voir Table Mountain, ce serait plus agréable, et moins dangereux. D’ici là, on aura une zone sans vent à traverser demain soir. Ensuite, on remontera l’Atlantique par la côte africaine, en longeant la Namibie, une zone où je n’ai jamais navigué. L’objectif sera de bien faire le grand tour de l’anticyclone de Sainte-Hélène, que nous contournons par le sud. On ira assez vite, même si les conditions ne sont pas parfaites : l’alizé n’est pas très fort et l’anticyclone se scinde en plusieurs parties. Ensuite, ce sera le Pot-au-noir, où il faut toujours un peu de chance. »
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