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Vendée Globe 2012/13

A 29 ans, François Gabart devient le plus jeune vainqueur de l’histoire du Vendée Globe. Il boucle son premier tour du monde en moins de 80 jours et établit un nouveau record de l’épreuve. François a tenu la tête de la course pendant 45 jours et 23 heures soit près des deux tiers de son Vendée Globe et empoché plusieurs records sur le parcours : une victoire sans appel.

VENDEE GLOBE 2012/13

 

Le dimanche 11 novembre 2012, François Gabart s’élance pour la première fois sur le Vendée Globe. Un premier tour du monde du monde en solitaire à seulement 29 ans pour le Charentais. Peu connu avant le départ, le grand public découvre au fil des semaines un skipper généreux et combatif. Après une bataille sans relâche avec Armel Le Cleac’h, François Gabart remporte l’épreuve en 78 jours 2 heures 16 minutes et 40 secondes et fait tomber 7 records en moins de 80 jours. Récit d’une épopée.

 

 

Vendredi 9 novembre : « Pas de pression ! »

Veille de départ aux Sables d’Olonne. Lors du dernier briefing de la direction de course, François apparaît étonnamment décontracté, lui qui s’apprête à s’élancer pour son premier tour du monde en solitaire. « C’est vrai que je me sens bien. Lorsque j’essayais d’imaginer il y a quelques mois mon état d’esprit à 24 heures du départ, je me disais que la pression serait forte, que je dormirais moins bien, mais non, je ne ressens pas vraiment de pression supplémentaire et il n’y a pas grand-chose qui m’empêche de dormir ! »

 

Samedi 10 novembre : Premier en tête !

Sur le ponton de Port Olona au moment des derniers adieux, François est tellement pressé d’en découdre qu’il coupe la ligne un poil trop tôt à 13h02, obligé de faire demi-tour pour la repasser. Qu’à cela ne tienne, au classement de 20h, le bateau MACIF pointe (déjà) en tête du Vendée Globe et François a posté sa première vidéo, encore sous le choc du départ et de sa descente du chenal des Sables, au milieu de dizaines de milliers de personnes venus accompagner les vingt marins de cette septième édition : « Ouaaaahhhh !!!! Quel moment LE départ du Vendée Globe !!! 🙂 C’est indescriptible tellement c’est fort en émotions, en sensations !!! La magie a opéré. J’en reste encore scotché. » A propos de son départ anticipé, il ajoute : « Départ un peu trop tôt. C’est normal, c’est la régate ! Pas très grave, on revient tout de suite, et ça repart. La route est encore longue… »

 

Lundi 12 novembre : « Une fois dans ma vie, j’aurais été en tête ! »

Toujours aux commandes de la course alors qu’il a dépassé le Cap Finisterre et navigue au large de Lisbonne, François savoure pleinement ses premiers jours à bord du bateau MACIF, après une nuit passée à enfin se reposer. « Je suis très satisfait, on ne pouvait pas imaginer mieux pour commencer le Vendée Globe. Ce n’est pas le plus important, le départ, mais c’est bien de commencer comme ça. Je ne sais pas ce que donnera la suite, mais je pourrai dire qu’une fois dans ma vie, j’aurais été en tête du Vendée Globe. »

 

Il y avait des erreurs à faire que j’ai su éviter,  je suis ravi et agréablement surpris de ce début de course.

 

Vendredi 16 novembre : « Vive Niort ! »

Fin de la première semaine de course à bord de MACIF et c’est bord à bord avec son collègue « niortais » Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat et Macif sont deux sociétés implantées à Niort, ndr) que François Gabart poursuit sa descente de l’Atlantique, ce qui lui fait dire : « La Maire de Niort doit être contente avec ses deux poulains côte à côte au milieu de l’Atlantique. Tous les deux sur le podium. Vive Niort et vive les Niortais ! » A propos de sa belle première semaine, passée dans le trio de tête, François ne boude pas son plaisir : « Il y avait des erreurs à faire que j’ai su éviter, je suis ravi et agréablement surpris de ce début de course, je n’ai jamais eu la prétention de me dire au départ que je serai en tête dès les premiers jours de course, mais c’est une belle récompense ! »

 

Mercredi 21 novembre : La tête à l’envers

Après 11 jours et 9 minutes de course, MACIF franchit l’équateur en deuxième position, avec 4h41 de retard sur le leader, Banque Populaire. Le record de Jean Le Cam à l’équateur, datant du Vendée Globe 2004-05, n’est pas battu, l’intéressé, alors sur Bonduelle, ayant mis à l’époque 10 jours 11 heures et 22 minutes pour basculer dans le sud. La sortie de Pot au noir s’est faite groupée, puisque François envoie dans la matinée du 21 novembre le message suivant : « Hier matin, à la sortie du Pot au Noir, nous étions cinq bateaux en visuel direct ! Depuis le départ, les moments où je n’ai pas au moins un petit copain à l’AIS* sont rares ! Tant mieux cela veut dire que la course tient toutes ses promesses, la régate est belle. »

(AIS : Système d’identification automatique entre bateaux)

et l'encourager sur les premiers milles !

 

Vendredi 23 novembre : Souvenirs du Brésil…

Fin de la deuxième semaine de course pour MACIF, qui navigue désormais au large du Brésil, deuxième à 50 milles de Banque Populaire. Sous une grosse chaleur, François, qui cherche désespérément un endroit pour s’abriter sur le bateau, se souvient de son précédent passage le long des côtes brésiliennes, avec Michel Desjoyeaux sur la Barcelona World Race : « Je pensais justement à la Barcelona hier, je me disais que le bateau sur lequel nous étions est en tête (Banque Populaire est l’ancien Foncia 2 de Michel Desjoyeaux), et celui que nous avons construit depuis avec Mer Agitée est en deuxième position, une cinquantaine de milles derrière. C’est une belle récompense, la preuve que nous avons fait du bon boulot au niveau des bateaux, même si c’est loin d’être fini. Je pense que je fais partie des skippers qui ont beaucoup progressé en deux ans, c’est positif. »

 

Mardi 27 novembre : Option à Sainte-Hélène

C’est l’heure des options pour François ! Pour contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène, il décide de s’éloigner de la route la plus courte, empruntée par Armel Le Cléac’h, en faisant un cap au sud afin d’aller chercher les premières dépressions du Grand Sud. Un choix effectué auparavant par Jean-Pierre Dick qui a misé sur une longue boucle par l’ouest.

 

Vendredi 30 novembre : Premier record et Quarantièmes

Pour son entrée dans les Quarantièmes, François s’offre son premier record à la barre du bateau MACIF, avec 474,5 puis 482,91 milles parcourus en 24 heures, soit une petite quinzaine de mieux que les 468,72 milles d’Alex Thomson, qui dataient de 2003 lors du Défi Atlantique. Un peu plus tard, dans la journée, Jean-Pierre Dick portera ce record à 502,53 milles, mais on en reparlera… Les chaleurs de l’Amérique du Sud sont désormais dans le sillage de MACIF et François sent poindre le Grand Sud. « Ça commence à y ressembler, avec de belles conditions de glisse, une mer qui est en train de se former, du vent plus soutenu et pas mal d’oiseaux qui s’amusent à planer dans notre sillage. 

 

Dimanche 2 décembre : Indien et souvenir de démâtage…

C’est le bateau MACIF qui entre en tête dans l’océan Indien au niveau du cap des Aiguilles dont il franchit la longitude le même jour à 19h01 TU (20h01 en France), avec respectivement un quart d’heure et une demi-heure d’avance sur Jean-Pierre Dick et Armel Le Cléac’h. Mais pour François, ce passage sous l’Afrique du Sud ravive quelques mauvais souvenirs : « Dans quelques minutes je vais passer à côté d’un point un peu particulier… Il s’appelle « démâtage Barcelona World Race 2010 ». Pas besoin de vous expliquer, vous avez compris. Comme par destin, ma trajectoire vient à passer juste à côté, à quelques milles nautiques de l’endroit où la course s’était arrêtée pour Michel Desjoyeaux et moi. Peut-être pour se recueillir, peut-être  pour conjurer le sort et dire « cette fois je passe là et cette fois je ne m’arrête pas là.  »

 

Jeudi 6 décembre : L’Indien, le vrai !

Une semaine après avoir évoqué un « Mini Indien », François est cette fois dans le vif du sujet, avec de la mer, du vent. « Pour l’instant, j’ai droit au Sud indien, raconte-t-il. On m’a toujours décrit l’Indien comme une zone avec des phénomènes assez violents et surtout une mer difficile, j’ai été servi ! Ces derniers jours, la mer n’était pas très grosse, mais en revanche assez raide, ce n’était pas très agréable pour le bateau MACIF ni pour le bonhomme. Dans ces conditions, il faut bien se tenir, parce que c’est particulièrement inconfortable, voire dangereux. Les coups d’arrêt du bateau sont très forts. » Au niveau stratégique, si Armel Le Cléac’h a décidé de passer seul l’extrémité ouest de la porte Crozet, François, mais aussi Jean-Pierre Dick, Bernard Stamm et Alex Thomson, qui forment un peloton groupé, ont choisi de la passer à l’est. « La décision n’a pas été facile à prendre. J’ai choisi la stratégie qui me paraissait la moins risquée. Le deuxième élément qui a dicté mon choix, c’est qu’il y a pas mal de glaces au sud et les routes optimales quand on coupait la porte dans sa première partie obligeaient à descendre très sud pour aller chercher du vent, jusqu’au nord des îles Crozet qui sont truffées de glaçons. Alors que la route à l’est nous fait passer dans des zones sans icebergs, l’argument m’a convaincu, je ne voulais pas aller jouer au milieu des glaces. »

 

 

Vendredi 7 décembre : MACIF à Crozet

MACIF franchit la Porte Crozet à 23h46 (TU), première de l’océan Indien, un passage sans tambour ni trompette pour François qui constate en plaisantant qu’il est bien seul en mer : « Nous n’avons vu personne… Ni public, ni organisation pour le pointage. Ceci dit, il faisait encore bien nuit ! Le jour austral se lève maintenant avec un joli bateau MACIF qui repointe son étrave vers les mers australes. Albatros, nous revoilà ! » Et de conclure son message du jour : « François qui, maintenant que le bateau est dans le bon sens et à priori bien calé, va aller chercher un repos bien mérité. »

Lundi 10 décembre : Fast and Furious !

Dix jours après avoir dépossédé Alex Thomson du record des 24 heures, François Gabart s’offre une furieuse cavalcade dans l’océan Indien avec dans la poche un nouveau record, soit 545,3 milles entre dimanche 9 et lundi 10 décembre (classements de 16 heures) à une vitesse moyenne de 21,1 nœuds (Le World Sailing Speed Record Council (WSSRC) validera le record de 534,48 milles (989,8 km), à une moyenne de 22,27 nœuds (41,2 km/heure). Le skipper de MACIF pulvérise ainsi la marque établie par Jean-Pierre Dick dix jours plus tôt (502,53 milles nautiques parcourus en 24 heures), il fait même mieux que ce même Jean-Pierre Dick, associé à Loïck Peyron, lors de la Barcelona World Race 2010-11 (516). François en profite pour repasser en tête, aux dépens d’Armel Le Cléac’h, livrant au passage une petite explication sur la différence de vitesse entre les duettistes : « Je ne le cache pas, j’ai une voile devant qu’il n’a pas et me permet de faire avancer le bateau MACIF dans le bon sens. » La voile en question, un « reacher » qui, dans du fort vent portant, lui permet de tenir des moyennes élevées. « En l’utilisant dans le Sud, ça me permet de ne pas abîmer les voiles plates que je compte utiliser pour la remontée de l’Atlantique, à savoir le solent et trinquette (ou J1 et J2). » Un atout « deux en un » !
 
Mardi 11 décembre : « Dans la porte d’Amsterdam… »

Au lendemain de son record des 24 heures, François franchit en tête la porte Amsterdam à 1h42 TU (2h42 heure en France), 17 minutes avant Armel Le Cléac’h. A l’évocation de cette porte, le skipper de MACIF se prend pour Jacques Brel, livrant une version toute personnelle du célèbre « Port d’Amsterdam » : « Dans la porte d’Amsterdam il y a Macif qui est passé vers 1h42 ; Dans la porte d’Amsterdam il y Banque Pop qui l’a suivi de quelques minutes ; Après la porte d’Amsterdam on envoie les gennaks ; Après la porte d’Amsterdam les 2 bateaux se voient toujours à l’AIS ; Après la porte d’Amsterdam il y a des marins qui mangent leur petitdej sur des bateaux trop beaux et ruisselants Et ça sent la compet jusqu’au bout de l’Indien ; Après la porte d’Amsterdam il y a des marins qui boivent et qui boivent et reboivent encore, Ils boivent à la santé de leur joli gennak envoyé quelques minutes plus tôt, Ils se lèvent en riant et sortent dehors en fermant leur ciré, Ils se tordent le cou pour mieux régler leurs voiles jusqu’à ce que tout à coup ils trouvent la bonne glisse, D’un regard fier ils reviennent dans leur bateau et vont se reposer, C’est bien mérité » Reconversion en vue pour François ?

 

Je vais désormais me retrouver dans le sud de l’Australie, dans une zone différente d’un point de vue météo, avec la partie pacifique qui s’ouvre devant moi.

 

Mardi 18 décembre : A l’assaut du Pacifique

 Toujours au coude-à-coude avec Armel Le Cléac’h, François attaque le Pacifique sans appréhension aucune, trouvant même que le temps passe vite : « Je suis vraiment heureux d’être là, je n’éprouve pas de lassitude, au contraire. Lors des premiers jours du Vendée Globe, j’avais du mal à me projeter, c’était trop grand devant moi pour essayer d’imaginer quoi que ce soit : 24000 milles, trois mois, ça me paraissait immense, je n’avais pas de repères. Mais depuis, j’ai l’impression de maîtriser le temps, je ne ressens plus du tout cette crainte, tout à fait légitime, à propos de la durée. J’ai même l’impression que c’est rapide ! » Lors de la vacation du jour, le journaliste Bernard Rubinstein, ancien de la Whitbread, ne tarit pas d’éloges sur le skipper du bateau MACIF : « Il a 29 ans. C’est un mec brillant, il est ingénieur à l’INSA, il est passionné de météo, il a fait de la voile olympique, ce qui est quand même le sommet de l’exercice de la voile. C’est quelqu’un de très rigoureux, puis surtout, c’est quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux ! Il me fait un petit peu penser à Franck Cammas en plus extraverti. »

 

 

Jeudi 20 décembre : Sur le chemin du retour

Au moment de passer dans des conditions difficiles sous l’île d’Auckland, au sud de la Nouvelle-Zélande, François atteint la mi-course, après 40 jours de mer. Un cap psychologique qui ne le laisse pas insensible : « C’est certes symbolique, mais c’est une sensation agréable de se dire que le chemin le plus rapide pour rentrer à la maison se trouve devant l’étrave. On va essayer de faire aussi bien voire mieux sur la deuxième partie. Je suis super content d’être sur l’eau, de vivre ce que je vis. Ce n’est pas facile tous les jours mais j’essaye d’en profiter car ce sont des moments exceptionnels

 

Samedi 29 décembre : Dernière porte et duel en vidéo

Le 29 décembre à 7h45 TU, François, suivi dix minutes plus tard par Armel Le Cléac’h (Banque Populaire),valide la dernière des huit portes des glaces du Vendée Globe. MACIF et Banque Populaire naviguent à vue, chaque skipper en profitant pour envoyer une vidéo de son voisin. Sur la sienne, François commente : « Nous avons parcouru environ 15 000 milles, et comme vous le voyez, avec Banque Populaire, on a du mal à se séparer. On navigue collés-serrés, à dix longueurs l’un de l’autre, c’est complètement hallucinant. C’est comme si Usain Bolt gagnait le 100 mètres avec 1 millimètre d’avance ! Mais je me régale… »

Mardi 1er janvier : François cap-hornier !

C’est fait, dans des conditions délicates à l’avant d’un front qui le poursuit, François Gabart franchit en tête le Cap Horn en ce premier jour de l’année 2013 à 18h20 TU, après 52 jours, 6 heures et 18 minutes de course, nouveau temps de référence à la clé. S’il ne peut commenter en direct ce premier Horn en raison d’une visibilité très réduite et surtout des conditions difficiles, François confie son émotion le lendemain : «Je suis passé à 2,5 milles du Cap Horn. Au début, je ne le voyais pas du tout, j’ai fini par apercevoir un bout de terre à l’étrave, quand la nuit est tombée. La première fois, ça fait forcément quelque chose, j’espère que les prochaines seront toujours aussi fortes. ».

 

Jeudi 3 janvier : L’Atlantique en tête

François Gabart reste en tête du Vendée Globe devant Armel Le Cléac’h à qui il est parvenu à fausser compagnie en fin de Pacifique. Interrogé sur le petit écart creusé à cet instant, il commente : « Il fallait aller vite sous gennaker de capelage, peut-être qu’Armel n’avait pas la même configuration de voiles que moi. Depuis le début de la course, le bateau MACIF est assez rapide à ces allures-là, je n’ai donc pas été totalement surpris. Mais à l’échelle de ce qu’il reste à parcourir d’ici les Sables d’Olonne, ça ne fait pas grand-chose. »

Juillet 2015 – 250m² pour 200 kg : telles sont les dimensions de la grand-voile du #trimaranMACIF qui sera hissée sur un mât de 33m. <br>© Alexis Courcoux / MACIF

Lundi 7 janvier : Le plus souvent devant !

En tête à 5h ce lundi, François dépasse Armel Le Cléac’h au nombre de fois où il a pointé à la première place sur les cinq classements quotidiens diffusés par la direction de course. Il comptabilise alors 138 positions de leader contre 137 à son rival. Au large des côtes sud-américaines, le duel se poursuit entre MACIF et Banque Populaire, faisant dire à François : « Nos routes convergent avec Armel. Comme un bon vieux couple, on se retrouve toujours… » Plus pour très longtemps…

 

Vendredi 11 janvier : L’écart décisif

Premier classement de la matinée de ce vendredi 11 janvier, et l’écart séparant François d’Armel Le Cléac’h se monte à 130 milles, contre 60 quatre jours plus tôt. «  Cela fait toujours du bien de le voir pour de vrai, ça fait plaisir de creuser un peu, ce n’est pas du luxe. » Et cet écart ne cessera de croître jusqu’au Pot au noir, culminant à 274 milles le lundi 14 janvier à 16h, alors que MACIF se trouve par 5° Sud de latitude. L’explication : « Depuis les Malouines (ou Falklands), j’étais toujours un peu plus décalé dans l’est d’Armel, parce que je ne voulais pas jouer trop près des petites dépressions qui se créent en permanence et sortent du Cabo Frio (cap à l’ouest de Rio de Janeiro). Nous avons joué une première option intermédiaire, puis une deuxième où une petite dépression orageuse s’est creusée dans la traîne de la précédente. Comme j’étais suffisamment décalé dans l’est, j’ai pu m’en écarter tandis qu’Armel s’est fait bloquer dedans, ce qui a eu pour conséquence de  rapidement creuser un écart. »

Lundi 14 janvier : François révise ses partiels…

A l’approche de l’équateur, François se remémore ses années étudiantes, envoyant le message suivant à la terre : « – François, qu’est-ce que tu faisais ce week-end, on ne t’a pas vu à la soirée ?

– Ben, non, je révise. Je suis en plein milieu de mes partiels de janvier… J’ai potassé mes roadbooks. J’ai lu et relu Bernot, Mayençon et compagnie. Révisé mes prévisions d’ensemble, retravaillé mes polaires, affiné mes routages… J’ai déjà eu un premier exam’ début janvier, juste à la rentrée, avec Mme Saintelaine (l’anticyclone de Sainte-Hélène, ndlr). Bon ça s’est plutôt bien passé, j’ai eu une super note. Mais c’était un petit coeff… Là j’ai encore le TP noté en double, avec mon pote à la noix (Pot au noir), à la fin de la semaine. Pas grand-chose à réviser, il faut y aller la tête reposée, et ça devrait bien se passer… Par contre, pour la dernière épreuve, la semaine prochaine, là il faut bosser ! C’est la matière principale avec un prof que j’aime bien, M.Assore (anticyclone des Açores). C’est un gros coeff, toute mon année se joue là. Et j’ai vraiment pas envie d’aller à l’oral de rattrapage, comme ça je pourrai profiter des vacances de février au ski… ! »

 

Mardi 15 janvier : Retour au Nord

Un peu moins de 55 jours après avoir basculé dans l’hémisphère Sud, François coupe l’équateur dans le sens contraire ce mardi à 13h41 (TU), avec un nouveau temps de référence de 66 jours 1 heure et 39 minutes, soit 5 jours 15 heures 33 minutes de moins que Michel Desjoyeaux sur le Vendée Globe 2008-09. Son avance sur Banque Populaire à 3 200 milles de l’arrivée aux Sables d’Olonne est de 15 heures et 6 minutes.

 

Vendredi 18 janvier : A l’assaut des Açores

Comme à l’aller, François a le droit à un Pot au noir compliqué, ce qui permet derrière lui à Armel Le Cléac’h de réduire l’écart à une centaine de milles au moment de sortir de la zone de convergence intertropicale. « Entre l’aller et le retour, je ne dois pas être loin du record de difficultés rencontrées dans le Pot au noir ! J’ai eu le droit aux traditionnels grains avec le vent qui passe de 5 à 40 nœuds en 5 minutes, mais surtout, j’ai eu du vent très faible très tôt, contrairement à Armel. Par 3° Sud, je n’avançais qu’à 10-12 nœuds là où Armel, au même endroit mais quelques heures plus tard, progressait à 15-16 nœuds. J’ai beaucoup perdu sur cette période. » Pas question pour autant de s’apitoyer sur son sort. Il aborde la dernière grosse difficulté du parcours, l’anticyclone des Açores,  avec un double objectif : « Depuis quelques jours, quand je fais mes points météo, je fais systématiquement tourner les routages pour moi et pour Banque Populaire, afin de voir quelle route il va emprunter a priori et adapter la mienne en fonction. Je ne vais pas me mettre à créer des écarts latéraux énormes, ce serait stupide. » La victoire, y pense-t-il ? « Cela doit m’arriver une fois par jour, mais je pense plus à l’arrivée qu’à la victoire. »

Lundi 21 janvier : « J’essaie de faire au plus vite ! »

La stratégie de François pour les derniers jours de course est calée : faire le tour de l’anticyclone des Açores par l’ouest et récupérer les dépressions qui descendent de l’Atlantique Nord pour faire route directe vers les Sables d’Olonne dans des conditions qui s’annoncent soutenues dans le Golfe de Gascogne et jusqu’à l’arrivée, prévue le week-end suivant. « Je me presse de rentrer malgré le froid qu’il fait chez vous. Je pense que je vais apprécier de retrouver une vie un peu plus normale. Il va falloir continuer à rester concentré jusqu’au bout mais j’y suis préparé donc ça va bien se passer. »

 

Mercredi 23 janvier : « Du bon côté de l’anticyclone »

Dernier gros obstacle météo du Vendée Globe, l’anticyclone des Açores est quasiment dans le rétroviseur de François qui est en train d’en finir le tour. « Le vent est en train de re-rentrer pour moi. Je pense que je suis du bon côté de l’anticyclone, constate-t-il à midi. Je fais route le plus rapidement possible vers la France. La mer est quasi plate, je suis au portant sous spi avec 15-17 nœuds. Il y a encore du soleil et les conditions météo sont parfaites. »

Vendredi 25 janvier : 48 heures sous pression…

Plus que 800 milles à parcourir ce vendredi pour François qui compte alors une centaine d’avance sur Armel Le Cléac’h. De quoi sentir peser sur ses épaules la pression du skipper de Banque Populaire ? « Je ne la ressens pas forcément par rapport à lui, mais je suis sous pression parce qu’il reste 800 milles qui ne s’annoncent pas très simples. Si Armel était à 800 milles derrière, j’aurais évidemment moins de pression. Là, j’ai une centaine de milles d’avance, c’est à la fois beaucoup parce que cela représente plus de 10% du chemin qu’il reste à parcourir, et pas suffisant s’il arrive quelque chose et que je dois prendre la journée pour réparer. 100 milles à notre vitesse actuelle, cela signifie 7-8 heures, ce n’est pas énorme. »

Départ de la Transat Jacques Vabre 2015 du trimaran MACIF

Samedi 26 janvier : ETA dimanche à midi…

Pointé samedi à 8h à 500 milles de l’arrivée, François est sorti d’une petite dorsale anticyclonique avec toujours une centaine de milles d’avance sur Armel Le Cléac’h. MACIF fait désormais route directe à près de 20 nœuds vers les Sables d’Olonne où il est attendu le lendemain aux alentours de midi. Un timing parfait, puisque la marée permet la remontée du chenal à partir de 14h…

 

Dimanche 27 janvier, 15h19 : François Gabart dans l’histoire

François Gabart franchi la ligne d’arrivée le dimanche 27 janvier à 15H 18’ 40’’. A seulement 29 ans, il devient le plus jeune vainqueur de l’histoire du Vendée Globe, bouclant ainsi son premier tour du monde après 78 jours, 2 heures, 16 minutes et 40 secondes en mer. Le skipper de MACIF établi au passage un nouveau record de la discipline en améliorant de 6 jours et 53 minutes, le précédent chrono détenu depuis le 1er février 2009 par Michel Desjoyeaux en 84 jours, 3 heures, 9 minutes et 8 secondes.