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Ceux qui flairent prendront le train

Oh, du vert ! Ce dimanche matin, François avait de nouveau de l’avance sur les temps de passage de Thomas Coville. Les étraves désormais pointées sur le sud-est, François va aller chercher la meilleure place sur le dos d’une dépression qui pourrait le mener en un temps record à Bonne-Espérance. Un superbe coup météo reniflé depuis la terre.

 

La journée de samedi n’a pas été facile à bord du trimaran MACIF alors que l’heure venait de sonner du grand virage à gauche. Après une nuit assez tranquille dans les alizés du sud, grand-voile haute et J2 à poste, la matinée d’hier a porté son lot de complexités. Nuages et grosses variations de vent ont poussé François à jouer des recalages opportuns… ou contraints. Des efforts loin d’être inutiles puisque, porté par des vents de 20 nœuds, le trimaran MACIF a filé bon train tout l’après-midi, touchant des vitesses (27-32 nœuds) supérieures à ce que prévoyaient les routages.

Sur la cartographie, le retard sur les temps de passage de Sodebo s’est amenuisé, jusqu’à virer au vert, tout comme le sont les prévisions à venir. Lancé ce dimanche matin à 30 nœuds, François a désormais le nez pointé vers les côtes de l’Afrique du Sud. Au cours des 36 prochaines heures, le trimaran MACIF avancera au portant dans de belles conditions de navigation, qui vont lui permettre de choisir le moment de grimper dans le train. La dépression que guettait la cellule météo a pris de la vigueur au sud de l’Argentine. La voici donc qui remonte le long des côtes de l’Amérique du Sud avant de glisser d’ouest en est, des Amériques à l’Afrique, de Cabo Frio au Cap de Bonne-Espérance, prochain comptoir visité par le MACIF Express. Cela fait donc plusieurs jours que, dans le repère de Jean-Yves Bernot, en Charente Maritime, on veille à chaque instant que le train sera bien à l’heure.

 

La vie devant l’écran des dompteurs de nuages

 

Depuis début novembre, Châtelaillon-Plage, c’est Houston. Ici vibre la même passion pour la belle trajectoire qu’au centre de contrôle de la Nasa. Chez Jean-Yves Bernot. La consommation d’électricité n’est pas la même – avantage USA – mais, côté gastronomie, la victoire de la Charente-Maritime est sans appel !

 

« La cuisinière de Jean-Yves fait fantasmer beaucoup de monde, rigole Julien Villion, qui joue régulièrement l’assistant du fameux routeur, depuis 2014. On est très vite pris par les arrivées des fichiers et leur analyse et, sans cette attention de Jean-Yves et la disponibilité de son amie cuisinière, on passerait un mois dans les cartons à pizza ».
A l’heure du déjeuner ou du dîner, il n’y a plus qu’à rallumer le four pour réchauffer les mijotés. Ces moments de plaisir participent aussi de la construction de l’ambiance qui règne dans l’antre du dompteur de nuages. « La plupart des intervenants qui accompagnent les bateaux que gère Jean-Yves sont des habitués, poursuit Julien. On se retrouve à créer une ambiance d’équipage de bateau ».

 

Et on ne parle que de bateau. Le tempo de la journée est imposé par la réception des fichiers météo, leur analyse et leur transmission. Ensuite, le réel se confronte à la théorie. S’exerce alors un contrôle qualité de l’adéquation de la route proposée et de la trace dessinée par le bateau. Deux faisceaux de fichiers tombent chaque jour. Le premier arrive à minuit et il est disponible à 6 heures du matin. D’autres sources plus fraîches viennent s’ajouter à l’analyse déjà en cours. Les logiciels de routage tournent à plein. Mise à jour des infos, rédaction des notes qui vont partir vers le trimaran MACIF, vérification, validation et transmission au bateau par l’homme qui réconforte les dépressions. Puis déjeuner. Puis courte sieste ou bouffée d’air en bord de mer si le temps s’y prête. A midi, arrivée des nouveaux fichiers et rebelote, la mécanique recommence.

 

Jean-Yves Bernot s’occupe à 100% du trimaran MACIF mais, le temps de la Transat Jacques Vabre, il veille aussi au bienfondé des choix effectués pour ses autres clients. Julien Villion l’assiste, avec le privilège d’en savoir suffisamment sur le trimaran de François Gabart pour pouvoir jouer les suppléants. « Il faut bien qu’il dorme, aussi, de temps. Alors je continue à faire tourner des routages, pour me tenir au courant des évolutions, et je suis habilité à échanger avec François ». Enfin, chaque semaine, un membre du team MACIF se relaie à Châtelaillon Beach. Emilien Lavigne, Antoine Gautier et Guillaume Combescure – que François a croisé en mer puisque Guillaume court actuellement la seconde étape de la Mini-Transat la Boulangère ! – s’exileront à tour de rôle en Charente-Maritime pour apporter leur expertise du trimaran de 100 pieds.

 

L’information, un tempo maîtrisé

 

Julien Villion : « On envoie les infos à heure régulière, et François peut être amené à poser une question. Il faut pouvoir répondre tout de suite. Et comme la maison vit au rythme de la mer, même quand on a du temps libre, on a du mal à quitter notre écran. On met à jour toutes les cinq minutes pour voir si le bateau tient la cadence proposée. Puis on se jure de ralentir, mais on reste sur le même tempo. Il faut que je me fouette pour aller me changer la tête. Je ne suis pas en mer, mais c’est mon tempérament de compétiteur qui s’exprime… »

 

Sur la messagerie interne au projet MACIF, François reçoit deux types d’informations, en fonction des circonstances. Elles peuvent être de très court terme, comme de long terme. « Il faut en soigner la rédaction, complète Julien. La complexité est de transmettre deux heures de réflexion sur tous les routages possibles très simplement, de manière qu’un mec très fatigué soit capable de comprendre. Il faut aussi les envoyer au bon moment. Cela ne sert à rien d’envoyer un fichier compliqué s’il est en permanence à la manœuvre. Il ne lira pas ou ne comprendra pas, parce qu’il ne sera pas assez disponible intellectuellement pour cela. Il faut être capable de se projeter dans la vie du bord, pour ajuster le tir en fonction de ce que vit le marin ».

 

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