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De l’art de piloter un bolide

851 milles parcourus* entre lundi et mardi soir, François Gabart a amélioré son propre record des 24 heures, qu’il détenait depuis le 3 juillet 2016 à la barre du trimaran MACIF. Il compte mercredi matin plus de 600 milles d’avance sur le tableau de marche de Thomas Coville, détenteur du record du tour du monde. Si les conditions météo ont permis au trimaran MACIF d’affoler les compteurs, le skipper a également une part prépondérante dans ces performances, obligé de jouer l’équilibriste sur un fil…

 

S’il boucle son premier tour du monde en multicoque, son objectif prioritaire depuis son départ d’Ouessant le samedi 4 novembre, l’Atlantique Sud dans le sens de la descente restera presque un fugace souvenir pour François Gabart. Attendu à Bonne-Espérance jeudi matin, il n’y sera en effet resté que 6 jours, avalant ce tronçon équateur-Afrique du Sud à très hautes vitesses, ce qui lui a permis à la fois d’améliorer son propre record des 24 heures (de 784 à 851 milles*), mais devrait également lui permettre de transformer son léger retard sur Thomas Coville à l’équateur (3h34) en avance au moment de rentrer dans l’océan Indien.

 

Les clés de ce renversement de situation ? Elles tiennent bien évidemment aux conditions météo qui décident ou non de laisser passer le marin et son esquif – et ont en l’occurrence ouvert une voie royale au trimaran MACIF, parvenu à couper le fromage comme rarement dans cette région du globe où l’anticyclone de Sainte-Hélène prend habituellement ses aises. Elles s’expliquent aussi par la maîtrise d’un skipper qui, depuis maintenant 27 mois qu’a été mis à l’eau le trimaran MACIF, n’a eu de cesse d’en affiner la connaissance et la maîtrise, au point de le piloter aujourd’hui presque les yeux fermés.

 

« Le pilotage sur un tour du monde en solitaire ne se fait pas à la barre, c’est essentiellement le pilote automatique qui se charge de ça – par exemple depuis lundi, je n’ai pas touché une seule fois à la barre », confiait mardi François Gabart, avant de préciser : « Le pilotage, c’est arriver à trouver le bon angle par rapport aux vagues et au vent, faire en sorte que le bateau aille vite en souplesse. Cela nécessite beaucoup d’écoute du bateau. Il faut sentir les vibrations qui ne sont pas normales, les bruits suspects, qui sont souvent les signes importants qu’il faut trouver une solution pour aller vite ».

 

Véritable funambule sur le fil des océans qu’il traverse sans avoir à peine le temps de les saluer, le skipper du trimaran MACIF doit constamment faire la balance entre la nécessité de lâcher les chevaux, parce qu’il a un record à aller chercher, et celle de ménager une monture dont l’intégrité est une priorité pour aller au bout. « Le défi, c’est de trouver le juste équilibre entre pousser la machine pour avancer et ne pas trop la pousser pour ne pas la fragiliser », confirme-t-il. Et si, en mer, l’intéressé est tellement focalisé sur la performance qu’il n’a pas le loisir de se torturer l’esprit avec ce dilemme, à terre, on en est parfois à implorer les cieux pour que le trimaran MACIF consente à suspendre son vol.

 

« Notre stress varie en fonction de la météo, confirme Antoine Gautier, qui dirige le bureau d’études de l’équipe MACIF et fait partie de la cellule de routage. A hautes vitesses, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Le bateau souffre quand il est mené à 100% de son potentiel, c’est assez stressant à vivre ». Et ce n’est pas fini, puisque si ce dernier annonce des « conditions tout à fait maniables pour passer le Cap de Bonne-Espérance », il prédit « potentiellement du vent très fort » pour le début d’Indien…

 

* Sous réserve de validation par le WSSRC

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