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[LE MAG’] La date du stand-by, choix ou contrainte ?

Depuis le 22 octobre, François Gabart est en stand-by, prêt à s’élancer à l’assaut du record du tour du monde en solitaire de Thomas Coville (49 jours 3 heures 4 minutes et 28 secondes). Pourquoi maintenant ? Quelle fenêtre choisir ? Quid des glaces ? Quand sont partis les précédents détenteurs du record ? Suivez le guide…

La contrainte : la saison.

Les statistiques le confirment : toutes les tentatives de records autour du monde ont lieu entre octobre et mars. La raison est simple : le reste de l’année, le Grand Sud, à savoir les 40e et les 50e (qui correspondent aux latitudes Sud), n’est pas praticable en plein hiver austral, c’est-à-dire entre avril et septembre (saisons inversées par rapport à l’hémisphère Nord), tandis que la banquise remonte. « C’est trop dangereux d’y aller à ce moment-là », confirme François Gabart.

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La latitude Sud du Cap Horn, le point le plus au Sud du tour du monde. 

Le choix : la fenêtre.

En stand-by depuis le 22 octobre, François Gabart scrute la météo, à l’affût de la bonne fenêtre pour s’élancer. Que signifie une bonne fenêtre ? « On cherche du vent portant, nord-ouest ou nord-est en général, et une mer pas trop formée pour aller sur un seul bord si possible jusqu’au Cap Finisterre (pointe nord-ouest de l’Espagne), accélérer le long du Portugal, passer sous l’anticyclone des Açores et récupérer un alizé bien établi et plutôt soutenu », explique Julien Villion, qui assiste Jean-Yves Bernot au sein de la cellule météo s’occupant du routage de MACIF pendant le tour du monde.

 

Julien Villion

L’objectif ? « Arriver à l’équateur dans les temps du record, à savoir 6 jours environ. » Les prévisions météo allant jusqu’à 10-15 jours, la fenêtre est aussi évaluée au regard de la suite du programme. « Au moment où on part, on peut déjà avoir une idée du scénario de l’Atlantique Sud, certes moins fiable que jusqu’à l’équateur, mais qui permet d’avoir un plan en tête et de faire un pari sur la suite ». Le scénario idéal ? « Un Pot-au-noir le moins large possible (zone de convergence intertropicale autour de l’équateur qui se matérialise sous la forme d’une bande latérale dans laquelle le vent peut être nul), un anticyclone de Sainte-Hélène le plus à l’est possible, pour que son contournement nécessite moins de route, et l’arrivée au bon moment d’une dépression venant de la côte sud-américaine, de façon à rester devant elle le plus longtemps possible. »

 

 

  Arriver à l’équateur en 6 jours environ 

La variable : les glaces.

L’histoire des tours du monde à la voile est truffée de rencontres avec des icebergs, énormes blocs de glace dérivants que l’on peut croiser dans les mers du Sud, et avec leurs « petits frères », les growlers, plus petits, qui s’en détachent. Si les cas de collision sont rares, le risque est réel et peut s’avérer catastrophique pour le skipper et le bateau, d’autant plus si ce dernier va vite. D’où la nécessité impérieuse de repérer ces icebergs, mission confiée par l’équipe Macif et Jean-Yves Bernot à la société toulousaine Collecte Localisation Satellites, qui travaille sur le sujet depuis le Vendée Globe 2008. Responsable des projets courses chez CLS, Sophie Besnard explique comment cette détection fonctionne :

 

Au coeur de CLS ©DR CLS

« Nous faisons une première analyse de la situation avant le départ en utilisant des techniques d’altimétrie par satellite qui permettent de calculer le niveau moyen des mers et de voir les obstacles sur la mer, mais également avec des capteurs optiques qui repèrent quelques icebergs. Ensuite, quand nous détectons des zones, nous venons les confirmer avec un troisième type de technologie satellitaire, les images radars, qu’il faut programmer, qui nous permettent, sur un carré en général de 500 km sur 500, de repérer des icebergs de 80 à 100 mètres minimum. » Pas possible donc (cela nécessiterait une plus grande résolution de l’image donc des coûts astronomiques) de détecter des icebergs de moins de 80 mètres, d’où une technique complémentaire, utilisée en cours de record, qui donne des prévisions à 5-6 jours : « Une fois que nous avons observé un gros iceberg, nous avons un modèle numérique qui en simule la dérive, la fonte et la dislocation, en prenant en compte les vents, les courants et l’état de la mer. Cela va nous permettre de dessiner un cercle autour de cet iceberg comprenant l’ensemble des growlers qu’il va essaimer et donc de délimiter une zone de risques à éviter ».

 

10 000 tonnes : le poids estimé d’un iceberg de la taille d’une maison de 5-6 mètres de haut ©DR CLS

Un bulletin de risques peut ainsi être édité tous les jours et transmis au routeur, en l’occurrence Jean-Yves Bernot. Qu’en est-il de la situation actuelle dans le Grand Sud ? « Les positions semblent assez favorables dans l’Atlantique Sud et l’Indien Sud, où il y a moins de glaces que d’habitude, il y en a en revanche peut-être un petit peu plus dans le Pacifique », explique ce dernier.

 

 

 

 

Dans le rétro : quand sont-ils partis ?

Le record du tour du monde en solitaire a été détenu successivement par Francis Joyon en 2004 (72 jours 22h54’22), Ellen MacArthur en 2005 (71 jours 14h18’33) en 2005, Francis Joyon de nouveau en 2008 (57 jours 13h34’06), Thomas Coville en 2016 (49 jours 3h04’28). Point commun ? Ils sont tous partis en novembre. « Les probabilités statistiques de battre le record sont davantage au début de la période de stand-by. Plus on attend, plus la probabilité d’avoir une bonne fenêtre météo avec un record à la clé s’amenuise. Les meilleurs créneaux se situent entre octobre et le 15 décembre, mais cela ne veut cependant pas dire qu’on ne peut pas battre le record en partant le 15 janvier », analyse Julien Villion.

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